C'est promis, je ne le referai pas, une semaine d'actu sur l'environnement,
c'est trop dur à avaler. Mais c'est aussi assez révélateur… Lisez-le comme vous
voulez, en vrac, d'affilé ou par petits bouts, en attendant je réfléchis à
structurer un peu ce blog…
Samedi 1er septembre :
A Vienne, 158 pays ont tenté de s'accorder sur l'après Kyoto
(journal Le Monde, édition papier) : pour faire court, plus de 1000
personnes - scientifiques, experts d'organisations internationales et d'ONG -
se sont réunies à Vienne en Autriche pendant une semaine pour préparer un
nouveau round de négociations internationales en vue d'essayer de diminuer les
émissions de GES (Gaz à Effet de Serre). Réunions pour préparer d'autres
réunions, décisions impossibles et objectifs non respectés, tout ça n'est pas
très encourageant…
Chaque ministère devra faire son bilan carbone (journal Le Monde,
édition papier) : c'est Françoise Fillon, premier ministre, celui qui
inaugure le TGV-Est en avion, qui demande à chacun de ses ministres un bilan
carbone et des engagements de réduction d'émissions de GES.
Construire écolo pour pas cher (journal Le Monde, édition
papier) : ce titre est sans doute une blague, car l'article nous apprend
que la construction d'un bâtiment à faible consommation d'énergie coûte environ
17% de plus qu'un immeuble classique. D'autre part, en Allemagne, 45% des
professionnels du bâtiment ont participé à un projet de construction durable
contre 8% en France… Allez, au boulot !
Lundi 3 septembre
Le climat pourrait faire doubler le nombre de migrants (journal
Libération, édition papier) : l'article est surmonté d'un chapeau posant
une intéressante question : "Faut'il un statut pour les réfugiés de
l'environnement ?". Très franchement, à la lecture de l'article, la réponse ne
paraît de manière évidente, mais on y apprend quand même qu'aujourd'hui déjà,
il y a deux îles dans le monde dont la survie est menacée par la montée des
eaux : l'île Tuvalu, dans le Pacifique, et celle de Shishmaref en
Alaska.
L'île de Tuvalu se veut l'emblème de la prise de conscience du problème de
la montée des eaux due au réchauffement climatique : elle possède même son
site Internet. Et puis, il y a deux
reportages, faites-vite, diffusés sur France 5 : Tuvalu, les nouveaux
refugiés climatiques : mardi 11 septembre, à 01h25
''Shishmaref, le village à la dérive'' : jeudi 13 et jeudi 20
septembre à 16h30 On peut aussi les commander
pour les visionner sur son ordi (2,99 euros pour 24 heures).
Le réchauffement climatique modifie déjà les atlas (journal
Libération, édition papier) : une brève sur le désespoir des cartographes
qui visualisent en direct les effets du réchauffement climatique sur les
paysages.
Nombreuse espèces menacées d'extinction (journal Le Monde, édition
papier) : une brève sur la disparition de races d'élevage africaines,
asiatiques et latino-américaines (voir le détail demain).
Stratégie carbone changement climatique : une journée de formation
pour comprendre et évaluer votre empreinte carbone (journal Libération,
édition papier, page "annonces", rubrique "sciences de la terre").
Mardi 4 septembre
Les pillards de la forêt cambodgienne (Le Monde, édition
papier) : le Cambodge aurait perdu 30% de sa forêt primaire entre 2000 et
2005 selon un rapport de la FAO, et les principaux bénéficiaires de cette
exploitation seraient des réseaux d'affairistes proches du premier ministre M.
Hun Sen, liés à des intérêts régionaux : Singapour, Indonésie, Taïwan et
Chine populaire, selon le rapport d'une ONG britannique, Global Witness. Le rapport est en ligne sur
le site de l'association sous le nom humoristique de "Cambodia's family
trees".
Sur la même page du Monde, et dans la rubrique mauvaises nouvelles,
l'article La Chine, nouveau prédateur en Asie du Sud-Est fait le point
sur les ravages de la déforestation en Asie du Sud-Est.
Les animaux d'élevage des pays du Sud sont menacés par des races
occidentales (Le Monde, édition papier) : depuis 7 ans, une race
d'animaux d'élevage disparaît tous les mois et cela concerne essentiellement
les races du Sud. Les éleveurs du Sud préfèrent, aux races autochtones pourtant
mieux adaptées à l'environnement local, des races importées, plus productives.
Et 90% du bétail des pays industrialisés est issu de seulement 6 races…
La viticulture bio mise en échec par le mildiou et un été maussade
(Le Monde, édition papier) : les informations contenues sont beaucoup
moins catastrophiques que ne laisse entendre le titre – une dizaine de
viticulteurs bio vont devoir renoncer à leur certification à cause de l'emploi
cette année de produits chimiques de synthèses. Ce qui me paraît intéressant
dans cet article, c'est son existence, c'est-à-dire que les difficultés
rencontrées par les agriculteurs bio à cause du mauvais temps fassent l'objet
d'un compte-rendu bien documenté sur leurs pratiques et leur importance, c'est
le signe d'une reconnaissance.
Mercredi 5 septembre
Un tiers de la population mondiale menacé par les conséquences de la
désertification (Le Monde, édition papier) : après la montée des
eaux, la désertification, due à une exploitation intensive des sols, à la
déforestation massive et à une irrigation excessive. Il est vrai que ce
problème mondial est passé au second plan derrière le réchauffement climatique
et la perte de la biodiversité. Une urgence chasse l'autre, mais on vit dans un
seul monde, non ? '' Carbone à tout faire'' (Le Canard enchaîné) : ce
billet reprend l'obligation pour chaque ministère de faire son bilan carbone et
d'engager des mesures concrètes. Il rappelle que la France pourrait commencer
par respecter les lois européennes sur l'environnement, par exemple la
directive de 1975 (oui, 32 ans !) qui fixe la limite sur les nitrates dans les
rivières à 50 mg/l.
Une interview de M. Barnier, ministre de l'agriculture, au Monde :
Produire pour nourrir redevient d'actualité, après avoir été contesté.
Ah bon ? On y apprend quand même que le gouvernement vient de publier
un décret qui officialise l'obligation de mise aux normes sur les bassins
versants concernés avant janvier 2008. Il est vrai que la France risquait
28 millions d'euros d'amendes et une astreinte de 177 882 euros par jour (voir
article du Canard ci-dessus). Et puis, M. Barnier nous dit aussi qu'il va
débloquer 80 millions d'euros dans un plan d'aide aux agriculteurs bretons qui
seraient mis en difficulté par cette mesure. Ah bon ?
Les marchands de froid réchauffent la planète (Le Canard
enchaîné) : depuis 2002, suivant un règlement européen, les réfrigérateurs
et congélateurs contenant des CFC – chloro-fluoro-carbonés – devaient être
progressivement supprimés. D'après les représentants du Groupement des
producteurs d'appareils électroménagers, cela devait être réalisés en 2005. Or
cette année, les éco-organismes collecteurs de déchets en ont comptabilisé
encore 60 à 80% dans leur collecte. Entre 2002 et 2006, ces appareils non
réglementaires ont émis 40 millions de tonnes d'équivalent CO2 soit 7% du
volume de GES en France… Rappelons que ces CFC, qui, on le voit, ont une
production importante de GES, ont été bannis de la planète pour leur rôle très
important dans le creusement du "trou" dans la couche d'ozone.
Jeudi 6 septembre
Le chlordécone, peau de banane de Barnier (Libération, édition
papier) : le chlordécone, c'est un insecticide qui protège la banane d'un
prédateur type charançon. Interdit aux États-Unis en 1976 et en 1980 seulement
par le gouvernement français, et encore avec un sursis accordé jusqu'en 1993,
et toujours présent en 2002. Ce produit ne contamine pas la banane, protégée
par sa peau, mais pollue les autres terres agricoles, les ressources aquatiques
et même le sang de habitants. Après le passage du cyclone Dean, M. Barnier
affrime aussi fermement qu'il peut : Je crois que c'est le moment
d'aller vers de nouvelles pratiques, pour utiliser moins de pesticides…
Quelle prudence ! En attendant, d'après le BRGM, Bureau de Recherche
Géologique Minière, l'élimination par écoulement naturel du chlordécone des
terres et eaux antillaises prendrait sept mille ans ! Le BRGM
préconise de remplacer les plantations de bananes par d'autres cultures – non
comestibles – pour régénérer les sols.
La forêt méditerranéenne affaiblie par le couple feux-réchauffement
(Le Monde, édition papier) : publié par le Cemagref (Institut de recherche
pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement), un rapport
désespérant sur l'état de la forêt méditerranéenne. La sécheresse récurrente,
l'augmentation régulière des températures moyennes, la canicule de 2003 et les
incendies ravageurs provoquent l'effondrement sa biodiversité – disparition
d'espèces comme le pin maritime par exemple – et de sa productivité.
Vieilles autos contre CO2 (Le Monde, édition papier) : il
paraît que l'accélération du vieillissement du parc automobile français
ralentit les progrès faits en matière de réduction des rejets de gaz
carbonique. Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites ! Vous avez
compris ? Alors : achetez, achetez, achetez toujours plus ! Car
plus, c'est mieux, nous dit-on.
Vendredi 7 septembre
Les additifs alimentaires suspectés d'accroître l'hyperactivité
infantile (Le Monde, édition papier) : d'après une étude publiée sur
le site Internet de la revue scientifique
The Lancet jeudi 6 septembre, les colorants artificiels et l'acide
benzoïque, un conservateur nommé E211, seraient responsables d'une augmentation
de l'hyperactivité chez les enfants testés (étude sur 2 groupes d'enfants de en
double aveugle contre placebo). Apparemment, ces additifs étaient déjà
suspectés depuis 30 ans, l'article du Monde précise cependant qu'ils ne
seraient les seuls responsables mais qu'ils interviendraient sur un terrain
favorable. En attendant, les autorités sanitaires britanniques recommandent aux
parents d'enfants hyperactifs d'éviter les aliments contenants ces
additifs…
Conclusion :
1. Ouf, c'est fini ! L'actu environnement d'une semaine, c'est vraiment
dur !
2. Pour faire retour sur tous ces articles et en prenant le dernier, je
recommanderais bien à tous les parents – pas seulement ceux qui ont des enfants
hyperactifs - de se nourrir et de nourrir leurs enfants en alimentation
biologique, ça aiderait les agriculteurs bio, ils en ont besoin en ce moment,
et pas seulement les viticulteurs ! Mais tous les autres, y compris ceux
qui veulent produire des bananes bio sans chlordécone ou les producteurs bio
bretons, qui ne déversent pas de nitrates dans leurs rivières. Ça serait
peut-être un petit pas vers moins de désertification (en général, les agri bio
sont économes en arrosage car éco-responsables), des terres et des rivières
moins polluées, des travailleurs agricoles en meilleure santé, la sauvegarde
d'espèces cultivées ou d'élevage (le bio aime bien les espèces locales car
elles sont plus résistantes). Et puis encore, moins de tonnes de CO2 produites
(moins de transport car on mange en général plus de produits frais de saisons,
plus de légumes et moins ou pas de protéines animales). En plus, on va à
l'école à pied, c'est bon pour la santé et on est plus calme et plus attentif
en classe. Pour finir, je propose à PSA, et Renault de se reconvertir dans les
voitures électriques (qu'on utilisera en libre service comme les vélos !).
3. C'est absolument effarant le nombre de réunions, colloques, conférences,
missions, études et rapports d'experts consacrés à tous ces problèmes. La
version optimiste, c'est "super, enfin, on s'en occupe !". La version
pessimiste, je sais, vous la connaissez aussi bien que moi…