Autrefois on offrait un « bouquet de fleurs » aujourd’hui, on achète des « fleurs coupées » « à la pièce » ou en « bottes préparées »… L’on devient un peu moins poète, un peu plus consommateur, et puis finalement peut-être que l'on décidera de ne pas faire cet achat tout-à-fait irresponsable d’un point de vue éthique et environnemental.
Car l’on remarquera sur l’étiquette de roses parfaitement inconnues - non, pas la jolie Pierre de Ronsard ni la Souvenir de Marcel Proust au parfum captivant - mais sur des « tiges portant des boutons fermés » formatées pour le goût d’ici et d’aujourd’hui - bref on remarquera des mentions « produced in Ecuador » ou « commerce équitable » ou encore certifiées par le « flower label program» avec une adresse internet en .nl.
En effet, la majorité des fleurs coupées vendues en France provient de Hollande, plaque tournante du commerce des végétaux. Un très bon article de Libération - du 31 décembre 2007 - présente le nouveau et gargantuesque marché aux fleurs situé près de l’aéroport international de Schiphol, 80 % des exportations mondiales, plus de 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires.
En achetant une botte de roses, vous ne vous contentez pas de creuser un peu plus le déficit du commerce extérieur français, vous participez aussi largement au réchauffement climatique et à une mondialisation pas toujours très éthique.
Car l’immense majorité des roses provient aujourd’hui d’Équateur, du Kenya, du Zimbabwe. Certains sites web comme celui d’un importateur français, Ethiflora, ou encore celui de Max Havelaar Suisse ont beau défendre le principe du commerce équitable des fleurs, cela reste un peu dur à avaler en terme de contribution au réchauffement climatique. Un petit tour chez ClimatMundi - une agence spécialisé dans la « compensation carbone » - nous donne les chiffres suivants :
- 1 aller simple Paris-Quito : plus de 9000km, soit 2,06 tonnes de CO2 et 39 euros de compensation,
- 1 aller simple Paris-Nairobi : près de 6500 km, soit 1,75 tonnes de CO2 et 27 euros à payer pour compenser,
- enfin, un Harare-Paris fait près de 8000 km, ce qui donne une émission 1,75 t et une compensation de 33 euros.
Cela fait cher le bouquet pour redevenir neutre en CO2 - même si le calcul est donné pour un passager en chair et en os et non pour un bouquet de fleurs.
Ajoutons à cela le coût de l’énergie pour le chauffage des serres là-bas, des chambres froides ici, l’irrigation, les traitements phytosanitaires, l’épuisement des sols, les emballages - papiers, cartons et caisses, les transports en camion sur place et de l’aéroport jusqu’au fleuriste en bas de chez vous… Sans compter que beaucoup de ces fleurs n’ont aucun label, ni équitable ni environnemental, ni éthique. Les conditions de travail sont alors épouvantables - salaires de misère, exposition des travailleurs aux pesticides, travail des enfants (48 000 recensés dans les serres en Équateur), non respect des droits fondamentaux, harcèlement sexuels et viols (90% des femmes au Kenya), etc…
Tout cela a beau être limité et contrôlé lorsque les fleurs sont labellisées, on ne peut s’empêcher de penser qu’au moment où survient une crise alimentaire mondiale, on ferait mieux de mettre tout cet argent dans un bouquet de légumes biologiques - oui, oui, cela peut être très joli, voir les portraits d’Arcimboldo, et en plus ça se mange !
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Depuis aujourd'hui jusqu'au lundi 29
octobre, se tient en Seine-Saint-Denis le 2ème Salon du commerce
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