Les potins du week-end : Vélib' & (De)caux
Par Françoise Curtet le mardi 25 septembre 2007, 13:40 - Infos - Lien permanent
Une amie, habitant en proche banlieue, me fait part de son enthousiasme pour le système Vélib'. Un petit trajet en métro ou RER, et puis tout un circuit dans Paris en vélo et retour au domicile, le tout pour 1 €. Cette amie est également très satisfaite du réseau de pistes cyclables de Paris et projette de prendre un abonnement.
Très bien, l'opération est Vélib' plébiscitée, c'est une offre supplémentaire de transport "propre", je ne chipoterai pas sur le fait que je n'ai pas trouvé de chiffres montrant un réel transfert d'usage de la voiture vers le vélo dans les articles que j'ai lus depuis 2 mois sur des opérations déjà menées ailleurs. A terme, ça doit bien être le cas, car il s'agit en général d'une politique globale : amélioration des transports publics existants, mise en service de tramways, réseaux de pistes cyclables, réseaux "pédibus" pour les trajets domicile-école. D'autant que, bonne nouvelle, la part de l'automobile dans les déplacements (soit quand même 83%) a diminué - pour la première fois en France depuis 1974 - de 1,4% entre 2004 et 2005, et de nouveau de 2% en 2006 (Le Monde, édition papier du mercredi 19 septembre). Voir également un autre article du Monde Le rêve d'une ville sans voiture mardi 25 septembre.
Et puis, on peut rêver de villes sans bruit de moteur, sans pollution, sans accident, de chaussées rendues aux piétons, où les enfants pourraient jouer au ballon, où passeraient librement poussettes et fauteuils roulants, entre une piste cyclable et une voie de tramway joliment engazonnée (non, pas écolo, le gazon???). Franchement, oui, j'en rêve…
En attendant, pour le Vélib', il y deux hic, économico-écologiques ceux-là :
- Le Canard enchaîné du mercredi 19 septembre nous apprend que Decaux a
obtenu, dans le contrat Vélib', l'installation à Paris de 1628 panneaux
publicitaires déroulants dont 348 panneaux de 8m2. Les autres font "seulement"
2m2 mais cela donne une surface d'exposition globale de plus de 2 hectares de
publicité. A raison de 4 pubs toutes les 10 secondes, ces panneaux consomment
chacun autant qu'un ménage français de moyen de 2,6 personnes. Précisions: les
Verts du Conseil municipal de Paris ont voté l'arrangement…
- dans Le Monde, édition papier du mercredi 19 septembre, une tribune de David Dornbusch, candidat socialiste aux législatives 2007 dans 6° circonscription du Val de Marne (Saint Mandé, Vincennes et Fontenay-sous-Bois) sous le titre : Vélib’ : la banlieue prise en otage par Decaux ? Pour David Dornbusch, la société de Jean-Claude Decaux est en position de monopole absolu car Jean-Claude Decaux a mis en place son propre système technique “propriétaire” : bornes, capteurs, puces RFID, systèmes de payement, etc. Toute extension du dispositif en banlieue, sauf - hypothèse absurde - à ne pas être compatible techniquement avec le système parisien, ne peut donc être fournie que par Jean-Claude Decaux. Pour lire le billet dans son ensemble, je vous mets le lien sur le blog de David Dornbusch (ça change du Monde.fr, qui de toute façon retire ses articles au bout de 15 jours, sauf à payer un abonnement, en plus j'habite à Fontenay-sous-Bois, donc c'est un voisin si l'on peut dire...).
D'après un ami informaticien, c'est en effet le développement d'un système qui coûte cher, ensuite la société qui l'a fait veut gagner de l'argent avec… Voilà à quoi servent les systèmes "propriétaires" à l'inverse des systèmes ouverts : ça se passe comme ça dans vos petits ordinateurs, quand vous choisissez vos logiciels ou votre système d'exploitation, Windows vs Linux, Internet Explorer vs Mozilla Firefox par exemple.
En réalité, à lire cet article, on croit aussi comprendre que les maires de banlieue ne se sont pas précipités pour participer à l'opération avant d'en constater le succès. Ils sont donc coincés si l'on peut dire. Retour au début de ce billet pour comprendre l'intérêt d'un système Vélib' compatible pour accéder à une station de RER ou une station de métro de banlieue.
Tout cela pose une fois de plus la question de la responsabilité des élus et du contrôle des citoyens sur les décisions… Justement, c'est l'association Paysages de France qui a lancé le débat sur la place publique, cette jolie place vilainement polluée par tous ces panneaux publicitaires. Elle rappelle que les associations ont été habilement écartées de la préparation du contrat parisien. Allez donc voir leur site et signez la pétition en ligne (pas spécifique à Decaux/Vélib'/Paris mais plus généralement pour limiter la présence des panneaux de pub dans nos paysages).