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mercredi 9 juillet 2008

L’étendue des dégâts

Cela fait presqu’un an que ce blog est ouvert. Quel bilan en tirer ? La satisfaction d’avoir grappillé un peu d’infos sur certains sujets, sans pour autant arriver toujours à retranscrire le tout dans un article cohérent. Trop d’infos ou pas assez, l’impression d’arriver face un mur infranchissable parce que les infos ne sont pas disponibles pour les particuliers, trop de recherches à faire, pas de temps pour enquêter, aller aux sources. En quelque sorte les limites d’un travail d’amateur…

Voilà donc une partie des sources, ces articles découpés et ensuite classés dans des chemises colorées. En rouge les « gros dossiers » : réchauffement, déforestation, OGM, agrocarburants ; en bleu tout ce qui concerne l’eau et les mers, la pêche ; en orange l’énergie et les transports ; en jaune les politiques ; en gris, les pollutions ; en marron la vie quotidienne ; en vert les bonnes nouvelles, les actions « qui marchent », l’agriculture biologique, la reforestation, le commerce équitable, les énergies renouvelables…

dossier

Autant le dire tout de suite, les dossiers verts sont restés bien maigres… De même que ceux consacrés aux politiques notamment des villes et des régions : j’en attendais plus.

L’épaisseur des dossiers révèle les déplacements des lignes de force ou des préoccupations du moment. Le « réchauffement climatique » a bien grossi « grâce » au sommet de Tokyo, mais aussi celui de l’énergie, « grâce » au prix du pétrole, les débats sur la croissance et les modèles de développement ont fait rage, enfin le dossier « agriculture » grossit, grossit, grossit, à la mesure de la « flambée » des prix agricoles.

Un dossier, dont je ne voyais pas trop l’intérêt, est devenu énorme : celui des publicité d’entreprises sur l’environnement… Du « grennwashing » pour beaucoup, et vraiment, il y en a de pleines pages et des campagnes entières - EDF, Total, Carrefour, Suez, les constructeurs automobiles, les compagnie de taxi, etc. Il n'a pas fini d'être alimenté, celui-là.

Il y a des thèmes, aux enjeux aussi vitaux, dont on s’occupe beaucoup moins : l’augmentation de la pollution, la pression humaine sur l’environnement, la diminution de la ressource en eau, la perte de la biodiversité, les effets sur la santé humaine. Des articles distillent des informations au jour le jour, négatives, alarmistes, catastrophistes mais on a un peu l’impression que cela ne mobilise pas beaucoup.

Conclusion (provisoire). Au bout d’un an, et quelle que soit l’épaisseur des dossiers, c’est vraiment un panorama de l’étendue des dégâts qui se mesure là, sur tous les plans : nature, environnement, ressources, partage, équité, santé, mode de vie….Dans le même temps on nous a proposé de nouveaux gadgets, de consommer « durablement » mais surtout de continuer à consommer, de faire du vélo, de manger local, de changer de lave-vaisselle, d’éteindre ses veilleuses, etc. Mais quel effet ? Pas grand chose sur les résultats : on a plus l’impression d’un grand brassage d’infos, qui tourne à toute allure, et qui nous balance du bilan carbone et des sacs recyclés parce que c’est la mode.

Pas très gai ? Non. Pas très optimiste ? Non plus.

Note : pour célébrer cet anniversaire, voici donc la création d’une nouvelle rubrique, « le carnet des extinctions ». Oui, une rubrique où l’on fera la "nécro" de chacune des espèces disparue, au fur et à mesure des annonces. La première, c’est le phoque moine des Caraïbes - paix à son âme. Et très bientôt un autre anniversaire, celui de la disparition il y a un an - enfin de l’annonce officielle de l’extinction définitive - c’est horrible, non ? - de Baiji, le dauphin-déesse du Yangzi.

mercredi 18 juin 2008

Les changements de comportement peuvent beaucoup mais pas tout…

On nous incite tous les jours à réduire nos déchets - ou au moins à mieux les trier… A moins consommer d’eau, d’électricité, d’essence, de papier… A moins produire de CO2… A acheter équitable et/ou local... A multiplier ces gestes dans notre vie privée, nos loisirs, au travail…

Est-ce efficace ? Est-ce suffisant ?

Efficace, oui, jusqu’à un certain point. Il suffit de consulter les différentes calculettes carbone pour mettre en évidence des gestes qui permettront de réduire sa facture de gaz à effet de serre. Pour le reste, il faut bien continuer s’informer pour avoir le geste « juste » celui qui non seulement va diminuer la production de CO2, mais aussi de déchets, générer moins de transports, etc. A ce titre, l’équitable n’est pas forcément bon pour le réchauffement climatique et si l’on vous encourage à manger bio - voire végétarien - ce sont des fruits et légumes de saison produits le plus près de chez vous et non pas des jus de fruits pressés industriellement, empaquetés dans des bouteilles en plastique et qui ont quelques milliers de kilomètres dans les pattes en arrivant sur le rayon de votre supermarché.

Un exemple, cité dans le Canard Enchaîné du mercredi 4 juin. Il s’agit d’un monsieur, finlandais, marié, 2 enfants. Là-bas, comme tout un chacun, il produit 13 tonnes de CO2 par an, alors qu’il faudrait ramener ce chiffre à 3,5 tonnes en moyenne par personne dans le monde pour espérer inverser la tendance. Il met en pratique - et sa famille avec - de nouvelles règles de vie: adieu voiture et bonjour les courses en vélo dans la neige - adieu canot à moteur et bonjour les rames pour la sortie du week-end - adieu matières plastiques et bonjour les larmes pour les cadeaux de Noël et d’ailleurs faites l'inventaire autour de vous, enlevez les matières plastiques, que reste-t’il ??? Bref, au final, il économise 3300 kg de CO2 au bout d’un an, mais dans la famille, tout le monde est au bord de la crise de nerfs…

Ce reportage illustre bien un certain scepticisme vis-à-vis de règles trop draconiennes, difficiles à mettre en pratique, faute d’alternative « commode ». Ne pas prendre sa voiture pour aller travailler, oui, à condition d’avoir des pistes cyclables et des transports en commun fiables, ou encore du co-voiturage organisé.

Ne pas utiliser de matières plastiques, oui, mais sans revenir à l’âge de pierre : après tout, je tape cet article sur un ordinateur qui en est bourré - avec beaucoup d’autres composants non recyclables - et pour l’instant, l’informatique verte en est à ses balbutiements.

Quant à l'énergie, on peut diminuer sa consommation, acheter de l'énergie verte (hors de prix pour l'instant) mais pour le reste, si l'on est locataire, eh bien, on ne peut pas faire grand chose de plus. Et notamment pas changer la chaudière de l'immeuble, ni isoler mieux le bâtiment ni installer un panneau solaire sur le balcon...

Si ce n’est pas suffisant, que faire alors ? La suite au prochain article….

jeudi 12 juin 2008

Plus très migonne, la rose...

Autrefois on offrait un « bouquet de fleurs » aujourd’hui, on achète des « fleurs coupées » « à la pièce » ou en « bottes préparées »… L’on devient un peu moins poète, un peu plus consommateur, et puis finalement peut-être que l'on décidera de ne pas faire cet achat tout-à-fait irresponsable d’un point de vue éthique et environnemental.

Car l’on remarquera sur l’étiquette de roses parfaitement inconnues - non, pas la jolie Pierre de Ronsard ni la Souvenir de Marcel Proust au parfum captivant - mais sur des « tiges portant des boutons fermés » formatées pour le goût d’ici et d’aujourd’hui - bref on remarquera des mentions « produced in Ecuador » ou « commerce équitable » ou encore certifiées par le « flower label program» avec une adresse internet en .nl.

En effet, la majorité des fleurs coupées vendues en France provient de Hollande, plaque tournante du commerce des végétaux. Un très bon article de Libération - du 31 décembre 2007 - présente le nouveau et gargantuesque marché aux fleurs situé près de l’aéroport international de Schiphol, 80 % des exportations mondiales, plus de 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires.

En achetant une botte de roses, vous ne vous contentez pas de creuser un peu plus le déficit du commerce extérieur français, vous participez aussi largement au réchauffement climatique et à une mondialisation pas toujours très éthique.

Car l’immense majorité des roses provient aujourd’hui d’Équateur, du Kenya, du Zimbabwe. Certains sites web comme celui d’un importateur français, Ethiflora, ou encore celui de Max Havelaar Suisse ont beau défendre le principe du commerce équitable des fleurs, cela reste un peu dur à avaler en terme de contribution au réchauffement climatique. Un petit tour chez ClimatMundi - une agence spécialisé dans la « compensation carbone » - nous donne les chiffres suivants :

  • 1 aller simple Paris-Quito : plus de 9000km, soit 2,06 tonnes de CO2 et 39 euros de compensation,
  • 1 aller simple Paris-Nairobi : près de 6500 km, soit 1,75 tonnes de CO2 et 27 euros à payer pour compenser,
  • enfin, un Harare-Paris fait près de 8000 km, ce qui donne une émission 1,75 t et une compensation de 33 euros.

Cela fait cher le bouquet pour redevenir neutre en CO2 - même si le calcul est donné pour un passager en chair et en os et non pour un bouquet de fleurs.

Ajoutons à cela le coût de l’énergie pour le chauffage des serres là-bas, des chambres froides ici, l’irrigation, les traitements phytosanitaires, l’épuisement des sols, les emballages - papiers, cartons et caisses, les transports en camion sur place et de l’aéroport jusqu’au fleuriste en bas de chez vous… Sans compter que beaucoup de ces fleurs n’ont aucun label, ni équitable ni environnemental, ni éthique. Les conditions de travail sont alors épouvantables - salaires de misère, exposition des travailleurs aux pesticides, travail des enfants (48 000 recensés dans les serres en Équateur), non respect des droits fondamentaux, harcèlement sexuels et viols (90% des femmes au Kenya), etc…

Tout cela a beau être limité et contrôlé lorsque les fleurs sont labellisées, on ne peut s’empêcher de penser qu’au moment où survient une crise alimentaire mondiale, on ferait mieux de mettre tout cet argent dans un bouquet de légumes biologiques - oui, oui, cela peut être très joli, voir les portraits d’Arcimboldo, et en plus ça se mange !

Compléments d'informations - articles et dossiers :

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